SahelBio Production, l’agrobusiness en plein essor au Niger

SahelBio Production est une jeune entreprise spécialisée dans la production et la commercialisation de poulet de chair à Niamey. Elle existe depuis 2010. Avec peu de revenu au démarrage, Kimba a cru toute suite à son projet et a choisi d’investir ses faibles économies pour le voir concrétiser.Le fondateur est un Ingénieur des Techniques Agricoles.Aujourd’hui il à sa propre ferme. Malgré la concurrence déloyale avec le poulet de chair importé, Adamou continue ses affaires en espérant étendre ses activités à l’intérieur du pays.Il se veut être une source d’inspiration pour la jeunesse et avec son background c’est un mentor hors paire en matière d’agro business.

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Entretien:

Qui est Aboubakar Adamou dit Kimba ? :

Adamou: Je suis, connu sous le nom de Kimba, en 2008, j’ai obtenu mon diplôme d’Ingénieur des Techniques Agricoles en Productions Animales. En 2010 j’ai fait une formation de Master II en Gestion et Administration des Entreprises pour acquérir des compétences managériales afin de mieux gérer mon entreprise.En 2012 j’ai bénéficié d’une formation de 8 mois en élaboration de plan d’affaire au niveau de l’Incubateur Virtuelle de la Francophonie pour l’Entrepreneuriat (IVFE) basé à Ile Maurice.En 2012 formateur en Aviculture au RECA (Chambre Régionale d’Agriculture de Diffa)En 2013 j’ai participé à la 8ème promotion de Talent Du Monde (TDM8), programme développé par la Commission de l’UEMOA en collaboration avec l’Institut Mairie Thérèse Solacroup de Dinard en région Bretagne de la France.En 2013 j’ai eut l’insigne honneur de participer au prestigieux programme du Département d’Etat Américain (International Visitor Leadership Programme) destiné au Young African Leader avec 13 autres nationalités.Depuis 2015 je suis dans un parcours international en Agrobusiness dans le cadre d’un programme de Mobilité Intra ACP financé par l’Union Européenne.Je suis mentor des projets d’agrobusiness au Tony Elumelu Entrepreneurship Programme (TEEP) et mentor d’une jeune entrepreneure nigérienne.

 Vous êtes un jeune entrepreneur, Directeur générale de Sahel Bio Production, une ferme agropastorale spécialisée dans la production de poulet de chair. Cette ferme existe depuis 2010, comment est née l’idée de sa création ?

 Adamou: SahelBio-Production est créée en 2010 au niveau de l’incubateur d’entreprises innovantes de l’Université de Niamey.

L’idée du projet est née de quelques travaux de recherches en aviculture que nous avons conduit à la Faculté d’Agronomie de Niamey. De là j’ai compris qu’il existe un besoin réel en terme de demande de volaille.Au même moment l’Université de Niamey avec le soutien du PNUD et Entreprendre Au Niger(EAN) a mis en place l’incubateur d’entreprises innovantes et a lancé un appel à projet. Suite à cet appel j’ai soumis ce projet de ferme avicole pour la production de poulet de chair. Le projet a été retenu avec onze autres pour un parcours d’incubation de 24 mois. Le coût total prévisionnel du projet est estimé à 10 600 000FCFA. Mais ce projet a finalement démarré avec 997.000FCFA, correspondant au montant pour l’achat de 1000 poussins en raison de 650fcfa l’unité, les frais de transport 300f cfa par poussin soit 300 000f cfa pour les 1000 poussins et 47.000fcfa pour l’acquisition des vaccins au démarrage.Entre 2011 et 2012, j’ai fait les formalités d’enregistrement au niveau de la chambre du commerce pour le RCCM et du service des impôts pour le NIF.

Avez-vous bénéficié d’un financement pour démarrer vos activités ou comment s’est fait le démarrage ?

 Adamou: Au démarrage je n’ai pas bénéficié de financement. J’ai appliqué la théorie du bricolage que je ne connaissais pas auparavant. J’ai démarré sur fond propre, après j’ai eu des appuis comme celui de mon mentor à la Faculté d’Agronomie Dr. Amoukou Ibrahim Enseignant Chercheur à la Faculté d’Agronomie.J’ai remporté en 2011 le 1er prix du concours des bonnes idées de projets organisé par l’Ambassade des Etats-Unis à Niamey.

Comment se fait la commercialisation de vos volailles ?

Adamou: Nos principaux clients sont :le personnel (Enseignant-Chercheur, Personnels Administratifs et Techniques) ;le restaurant de l’Université de Niamey ;les hôtels de la place ;et la population du Niamey.La vente se fait directement à la ferme et aussi par livraison à la demande des clients et selon l’option.

L’aviculture est un domaine assez complexe, dans lequel il y’a beaucoup de risques : c’est pourquoi ça demande un savoir faire et de la patience, parler nous de comment vous arrivez à maitriser ces risques ?

  Adamou: Oui effectivement l’aviculture est une activité très difficile en même temps facile. Il est très risqué raison pour laquelle ça nécessite un soin particulier.

Pour cela moi je suis toujours au four et au moulin, en tant que technicien en la matière je prépare le programme sanitaire et médicale, le programme de production et de suivi pour toutes les phases du démarrage à la finition en passant par la croissance. Et je ne laisse rien passé au hasard, je veille sur l’application strict des consignes. Il arrive que je rester à la ferme jusqu’à des heures tardives pour vérifier le chauffage des poussins au démarrage.

Combien de personnes employez-vous ?

  Adamou: Les employés permanents sont au nombre de 3 :

Un Chef d’Exploitation qui joue le rôle de contre maitre et veille sur le bon fonctionnement de l’exploitation, contrôle l’effectivité du travail ;un Basse-courier qui s’occupe de la conduite d’élevage à la fois de la volaille et des ruminants; un Gardien qui veille sur toute l’exploitation, les infrastructures, les animaux et toutes les réalisations.Il y a également des contractuels parmi lesquels: un Agent Administratif assurant les formalités administratives ;un technicien d’aviculture pour l’encadrement de l’équipe de la ferme .

Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?

Adamou: L’approvisionnement des poussins qui est très délicat, le prix du poussin, les frais de douane sur le poussin d’un jour, la TVA;Le prix du poussin rendu à l’aéroport revient à 1000fcfa voir plus ;La disponibilité d’aliment volaille en quantité, en qualité et à moindre frais qui n’est toujours pas garantie, l’aliment tourne autour 80% des charges d’exploitation ;Le coût et la disponibilité des produits vétérinaires ;Le problème d’écoulement des poulets du à la concurrence des poulets importés notamment quand la vente ne coïncides pas avec un événement ;Les mortalités dues à la chaleur qui tournent autour d’un taux de 10 à 15% (le taux normal est de 4%) ;

 

Ferme avicole de Kimba

La commercialisation de poulets de chair importés, ceux que l’on appelle communément « kay na turay ou la tête en occident » est encore d’actualité au Niger. Ils sont généralement moins chers que les poulets produits localement, certains spécialistes les jugent même dangereux pour la santé des consommateurs, comment gérer-vous la concurrence avec ces produits ?

 

 Adamou: Les poulets importés constituent une véritable menace pour les producteurs de volaille au Niger. Le poulet importé entier se vend à 1250 FCFA alors que le poussin d’un jour est rendu à Niamey aux avicultures à 1250f voir 1500f. Je pense que cette situation traduit clairement la menace de ce phénomène qui au-delà de la concurrence déloyale et de la fuite des capitaux n’est pas sans conséquence sur la santé des consommateurs nigériens. Mais malheureusement nous restons tous faible face à cette situation car n’ayant aucun pouvoir de changer les choses.

Dieu merci nous arrivons à couvrir les besoins des consommateurs qui sont conscient du danger des volailles importées.

Selon vous comment arriver à convaincre les autorités Nigériennes d’emboiter le pas au Sénégal qui a interdit l’importation de poulet de chair ?

Adamou: Il faut le rappeler au Sénégal tout comme au Nigéria, au Benin et dans bien d’autres pays ils ont pris le problème à bras le corps pour interdire les importations des poulets importés.  Le manque à gagner pour les producteurs nigériens et le Niger n’est pas à démontrer. Je pense que l’Etat du Niger doit emboiter les pas aux autres pays ayant pris la courageuse décision au bénéfice de l’économie locale.L’Etat doit mettre en place des mesures d’accompagnement pour la réhabilitation des fermes de l’Etat et de l’Usine aliment bétail pour à la fois promouvoir la production de volaille et aussi rendre les volailles locales accessible aux consommateurs nigériens.Depuis les années 80 le gouvernement du Niger à l’époque a mis en place la ferme de Goudel équipée de couvoir pour la production de poussin d’un jour afin de ravitailler la sous-région. Mais hélas, après l’opération test le couvoir n’a jamais fonctionné.

Quelles perspectives pour Sahel Bio Production ?

Adamou:  En termes de perspectives :

Nous positionner en tant que leader dans le domaine de l’Agro-business ; diversifier les spéculations ; mettre en place des petites unités de transformation pour ajouter plus de valeur ; couvrir le marché national ,créer plus d’emplois et de la richesse

Vous êtes un amoureux de l’agrobusiness, vous envisagez même de vous y adonner exclusivement, pensez-vous que le jeu en vaut la chandelle dans le contexte Nigérien ?

 Adamou: Aujourd’hui l’agrobusiness est la solution aux défis qui assaillent notre pays. Il permet de créer de l’emploi pour les jeunes et de garantir une sécurité alimentaire. Toutes choses qui concourent à la lutte contre la pauvreté aussi bien en milieu rural qu’urbain. Et au-delà du Niger

Vos conseils pour les jeunes qui comme vous souhaite se lancer dans ce domaine d’activité ?

Adamou: Si j’ai un conseil pour mes amis puis que je suis aussi jeune, c’est de croire à ce qu’on fait, d’être persévérant et de ne jamais lâcher en plein, car c’est peut-être le bout du tunnel.

Je reste disponible à partager mon expertise à tout celui qui désire.(www.sahel-bio.com/email sahelbio@gmail.com)

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