Dr Djamila Ferdjani, la femme aux multiples casquettes

Femme intellectuelle, entreprenante et charismatique, Dr Djamila Ferdjani a su imposer son leadership dans les domaines dans lesquels elle intervient. Et oui en plus d’être médecin, experte en gestion des programmes de développement en santé, le monde sportif Nigérien sait aussi compter sur son expertise. Connue pour être la première femme à la tête d’une fédération sportive, elle s’est frayée une place de choix dans ce monde réservé généralement aux hommes. Mère de foyer Dr Djamila Ferdjani est là où on a besoin d’elle, de la Médecine, au Sport en passant par le Coaching en Entrepreneuriat, elle est aussi une voix avisée qui est très écoutée sur les réseaux sociaux. Elle est notre femme leader de la semaine et c’est avec un franc parler et une grande disponibilité qu’elle répond à nos questions.

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Qui est Djamila Ferdjani ?

Djamila : Je suis une femme africaine, de nationalité Algéro-Nigérienne, médecin, mère de 5 enfants. Je vis au Niger où j’ai passé la majeure partie de ma scolarisation, de la maternelle jusqu’au doctorat en médecine.

Vous avez un parcours exceptionnel, vous êtes médecin, mais pas comme les autres. Dans le monde du sport nigérien votre nom est bien connu, vous avez notamment dirigé la FENI-Basket, comment êtes vous passée de la médecine au sport et quels sont les facteurs qui ont conduit à cette transition ?

Djamila: Après l’obtention du doctorat, j’ai créé une polyclinique qui devint une des plus grandes structures privées pluridisciplinaires de Niamey. Après avoir dirigé cette polyclinique pendant douze années, douze années de riches expériences et d’apport positif dans le domaine santé, je pris la décision d’aller me perfectionner en France dans la gestion des programmes de développement en santé et en Médecine aéronautique. Après mon retour au Niger en 2005, je fus sollicitée par le Comité national des 5 ème Jeux de la Francophonie, qui traversait d’énormes difficultés, en tant que conseillère et chargée de mission du Directeur national. C’est là que je commençai à côtoyer le monde sportif et vivre pleinement ses réalités amères. A la fin des 5 ème  Jeux de la Francophonie, mon nom fut proposé dans la liste du nouveau bureau fédéral du basket-ball et je me retrouvais vice-présidente d’abord, ensuite présidente de la Fédération nationale. C’est comme cela que je devins la 1ère femme présidente d’une fédération sportive.

Vous êtes l’un des piliers sur lesquels le Mena a pu compter en 2012 et c’est en partie grâce à vous que la participation à la CAN Gabon a été possible, comment la femme que vous êtes a pu laisser une telle empreinte dans un monde d’homme ?

Djamila : Après mon passage à la Fenibasket, la fédération de football m’a sollicitée pour la commission finances et sponsoring et j’ai assisté le président Colonel Pelé dans lesdites actions pendant plusieurs années. Et ce fut naturellement que la fédération et le Ministère des Sports me nommèrent présidente du comité de mobilisation de fonds pour la préparation de l’équipe nationale à sa première participation à une coupe d’Afrique des Nations. Le comité avait le challenge, à un mois de la Can 2012, de mobiliser la somme de 1 Milliard, exigée pour une parfaite préparation de notre équipe nationale. A 28 jours de mobilisation, le comité avait collecté plus 1.087.000.000 Fcfa. Bien sûr, nous avions dû surmonter d’énormes problèmes au cours de cette mobilisation, et de grandes incompréhensions mais le plus important était que l’équipe nationale ait pu se préparer comme toutes les autres équipes et passer un premier tour dignement. Nous l’avions réalisé avec rigueur et détermination pour l’intérêt national.

Djamila Ferdjani est aussi connue pour être une référence dans le coaching en entrepreneuriat, parlez-nous de cet engagement que vous avez dans ce domaine et qu’est-ce qui l’anime?

Djamila : A 29 ans, j’ai bâti la plus grande polyclinique privée de Niamey en m’aidant de prêt bancaire. Ces années m’ont permis d’acquérir une bonne expérience dans l’entreprenariat. Et depuis, mon objectif est de partager cette expérience, d’insuffler la volonté et le dynamisme aux nouveaux entreprenants, surtout les aider à réussir, à gagner du temps en leur évitant toutes les erreurs que commises durant mes années de gestion. Je partage souvent cette expérience en participant à des séminaires ou des conférences locales, régionales et internationales.

On l’a vu vous portez plusieurs casquettes et très bien d’ailleurs. Votre leadership est incontestable, sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook vous êtes très suivie par les jeunes, qu’est ce que vous véhiculez à travers vos différents postes?

Djamila : J’ai remarqué il y a 4 ans que mes enfants et les jeunes autour de moi ne lisaient plus et passaient une grande partie de leur temps sur les réseaux sociaux. J’ai décidé alors de me mettre sur ces réseaux pour véhiculer les messages que je voulais leur faire passer. Ce sont surtout des posts de sensibilisation pour leur santé, leur motivation et réussite sociale, pour leur comportement civique, pour leur culture générale, pour l’avancement dans leurs objectifs de vie…Et comme je dis toujours, leur faire gagner du temps dans la positivité en les édifiant sur les erreurs à ne pas répéter. Les jeunes y sont très sensibles et je reçois des centaines de messages par jour pour des demandes de conseils et d’orientation. Je suis heureuse à chaque fois que je participe à la réussite de l’un d’entre eux.

Quel est votre avis par rapport à l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes nigériens ?

Djamila : La grande force des réseaux sociaux c’est cet éveil de conscience indéniable qu’il cultive dans l’esprit de notre jeunesse. La grande utilité des réseaux sociaux c’est le lien établi entre les citoyens de la terre, c’est l’information, la communication, c’est la culture, le partage, c’est la possibilité de débats constructifs. A côté des grandes et belles possibilités qu’offrent les réseaux, c’est sûr, il y toujours des dérives et quelques points négatifs mais insignifiants à côté des possibilités permettant l’avancement du monde.

Parlez-nous de trois choses qui n’ont pas marché dans votre parcours et les leçons tirées ?

Djamila : Mon premier échec de vie, c’était quand je me suis rendue compte, après 8 années d’études de médecine et douze années d’édification et gestion d’une grande polyclinique, que j’étais dans l’impossibilité de continuer à pratiquer la médecine privée telle que l’exigeaient les lois de la gestion financière, en nous obligeant à occulter le social devant les réalités matérielles, dans un pays où beaucoup de malades n’ont pas les moyens de se soigner. La 2ème difficulté de mon parcours a été comment arriver à concilier une vie estudiantine et professionnelle intense avec la vie de foyer et l’éducation des enfants en bas âge. J’ai essayé de donner le meilleur de moi-même mais souvent nous faisons face à des difficultés insurmontables. Le troisième échec s’est trouvé au cours de mon passage dans les fédérations sportives où malgré les succès et les changements positifs récoltés, les actions mises en place pour l’essor du sport n’ont pas pu être pérennisées. Malgré la volonté, malgré la mobilisation des moyens financiers, la fédération n’a été soutenue ni par le milieu, ni par les autorités.Le sport est un milieu difficile où les intérêts particuliers priment sur les objectifs principaux qui sont le développement et le rayonnement d’une Jeunesse forte.

Il n’y a rien de plus grand et d’admirable que l’engagement politique quand il est mû par la volonté d’une vie meilleure pour chaque citoyen

Il y’a de plus en plus de jeunes femmes leaders au Niger, quels sont les 3 conseils que vous aimeriez leur donner ?

Djamila: Je suis profondément admirative devant l’émergence de ces jeunes femmes leaders dans un milieu si difficile. Je leur dis courage, continuez à vous battre pour vos nobles idéaux, dans la sérénité, dans la détermination, en dépassionnant les débats négatifs, en écoutant les critiques constructives, et leur dire enfin que rien de beau ne s’est construit sans difficultés.

Que pensez-vous personnellement de l’engagement politique ?

Djamila: Il n’y a rien de plus grand et d’admirable que l’engagement politique quand il est mû par la volonté d’une vie meilleure pour chaque citoyen quel qu’il soit. Mais malheureusement l’image renvoyée par les hommes politiques africains est souvent négative car associée à des intérêts particuliers. Les hommes de pouvoir ayant véritablement la volonté de changer positivement la vie des citoyens, arrivent toujours à faire émerger leur pays.

Quel est votre message à l’endroit de la Jeunesse Nigérienne ?

Djamila : Je perçois malheureusement autour de moi ce pessimisme généralisé envahir les jeunes quant à leurs perspectives d’avenir mais je leur dis de ne pas perdre d’esprit qu’ils sont le changement ; ils ont la force de l’âge, la fraicheur de l’esprit, la détermination de l’âme pour faire de leurs lendemains ce qu’ils veulent être. Il n’est jamais trop tard. Agir aujourd’hui pour émerger demain et se placer parmi les meilleurs. Mon dernier mot c’est merci. Merci infiniment à vous pour l’intérêt porté à ma modeste personne à travers cette première interview sur votre site auquel je souhaite des millions de lecteurs et beaucoup de succès dans ses nobles objectifs.

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